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Des biens culturels déplacés en raison de la guerre

Recherche franco-allemande sur les biens culturels déplacés en raison de la guerre

Grâce à l’étroite collaboration entre le Staatliches Museum für Naturkunde Karlsruhe (SMNK) et le Musée d’Histoire Naturelle et d’Ethnographie de Colmar (MHNEC), la provenance de près de 70 oiseaux en peau, actuellement encore conservées au SMNK, a pu être établie.

Les oiseaux en peau — terme désignant les peaux d’oiseaux préparées en position étirée pour les collections de comparaison scientifique — avaient attiré l’attention à Karlsruhe en raison de la présentation particulière de leurs étiquettes, à bords colorés. Les indications bilingues, en allemand et en français, mentionnant les espèces, ainsi que plusieurs localités de collecte, laissaient déjà penser que ces objets avaient auparavant appartenu à une collection d’histoire naturelle en Alsace. Toutefois, ce n’est que la confrontation avec le catalogue de la collection ornithologique de la Société d’Histoire Naturelle et d’Ethnographie de Colmar (SHNEC), publié en 1895, qui a permis d’établir qu’ils provenaient bien de Colmar.

 

Des recherches complémentaires ont révélé qu’il s’agissait de biens culturels déplacés en raison de la guerre. Peu après l’annexion de l’Alsace en juin 1940, la SHNEC fut expropriée. Les salles du Musée Unterlinden qui étaient jusque-là consacrées aux collections d’histoire naturelle durent être libérées, car elles faisaient obstacle aux projets de création d’un musée entièrement dédié à l’art allemand du Moyen Âge et de la Renaissance. Le ministère badois des Cultes et de l’Instruction publique chargea alors Max Auerbach (1879-1968), directeur du Muséum d’histoire naturelle de Karlsruhe, du déménagement et de la réorganisation du musée d’histoire naturelle de Colmar. Il semble que ce soit Auerbach qui ait transféré les oiseaux en peau à Karlsruhe, même si les raisons précises de ce transfert n’ont pas pu être établies. Il n’est pas exclu que l’objectif ait été d’enrichir ainsi la collection ornithologique de Karlsruhe ; il est également possible qu’Auerbach ait souhaité comparer ces spécimens avec d’autres peaux et procéder à leur détermination.

La destruction du Muséum d’histoire naturelle de Karlsruhe lors d’un bombardement aérien au début du mois de septembre 1942, ainsi que la poursuite de la guerre, constituent des raisons vraisemblables ayant empêché à l’époque le retour des oiseaux en peau à Colmar. Plus de 85 ans après leur transfert à Karlsruhe, les deux musées s’attachent aujourd’hui à faire en sorte que ce retour puisse enfin avoir lieu.

Une présentation détaillée des résultats de cette recherche est parue récemment en ligne dans la revue Carolinea :

Manegold, A., Haentzler, M., Prêtre, C. (2026). Max Auerbach and the natural history collections of the Société d’Histoire Naturelle et d’Ethnographie Colmar during the German annexation of the Alsace 1940-1945. Carolinea 84: e1-e14; doi: 10.64134/carolinea/84.3.1-14

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